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Interview – SAODAJ voit l’amour au milieu de la violence

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Tout à débuter, il y a 10 ans, lorsque Marie Lanfroy poste une annonce au conservatoire de Saint-Pierre pour chercher des musiciens afin de former un groupe réunionnais. Après quelques turnovers, elle fait une rencontre décisive avec le percussionniste Jonathan Itéma, qui deviendra son compagnon dans la vie. C’est Anthony, un musicien du groupe, qui trouve le nom du groupe SAODAJ. Ce mot d’origine portugaise « saudade », qui désigne une sorte de sensation de manque, est choisi pour sa phonétique et son sens qui traduit l’état d’âme de leur musique avec une ambivalence, entre ombre et lumière, entre chien et loup. Aujourd’hui, le groupe compte deux femmes et quatre hommes.

 

La position de la femme dans la société questionne Marie et chaque titre qu’elle écrit est très engagé. Le morceau « Un cri » tente de mettre des mots sur les sévices conjugaux, le silence des familles, les destins brisés. Marie confie à La Woman Mag : « j’ai écrit ce morceau à un moment où une de mes proches vivait l’ordre de l’insupportable. Le refrain :  Je me souviens, je me souviens de tout, sont les mots de la victime ». Quant au single « LAZ », il questionne sur l’existence, sur le sens de la vie. C’est l’histoire d’une Congolaise qui subit des violences conjugales. Marie poursuit en se dévoilant ainsi : « l’écriture est quelque chose qui m’aide à intégrer ce qui m’indigne, à mieux le supporter ; les réalités sont tellement rugueuses et complexes à accepter. Pour moi, écrire des chansons, c’est presque un instinct de survie. J’ai l’impression que ça m’aide à appréhender le monde d’une meilleure manière ».

 

 

 

 

 

Ses textes forts militent contre le sexisme à tous les niveaux. En tant que jeune maman de deux petits garçons, elle a pu constater qu’il existe encore peu de place pour les mères et particulièrement dans le milieu de la musique. Elle déclare : « la maternité est parfois presque culpabilisante dans ce système qui n’est pas fait pour l’accueillir ». Toutefois, grâce à son compagnon, elle constate que l’homme s’investit de plus en plus en tant que père, même si l’équilibre n’est pas encore parfait. Dans le milieu musical, elle reproche qu’on ne laisse pas aux femmes assez d’espace d’expression. Notamment, elle juge que certaines musiques comme le Mayola sont trop masculines avec une démonstration de force dans les percussions. Mais elle a su faire sa place dans ce style musical créole, aux origines malgaches et africaines, en le pérennisant et en le revisitant avec son groupe.

 

Autodidacte, Marie est allée au bout de son rêve. Elle l’explique ainsi : « J’ai osé. Si les femmes croient en leur potentiel, elles y arriveront. Elles doivent se faire confiance, on y a le droit. On doit se soutenir. Rien ne peut arrêter un esprit déterminé. Il faut faire confiance à sa petite voix intérieure qui dit qu’on a quelque chose à donner au monde ». Loin d’être découragée, Marie pense qu’aujourd’hui la parole des femmes se libère, notamment par l’action des outils de communication et de l’entraide féminine. Elle déclare : « Je constate qu’il y a de plus en plus de solidarité entre femmes, du partage de compétences, donc je suis assez optimiste. Je me sens plus forte grâce à tout cela et j’ai l’impression qu’on est en train de gagner la place qui nous revient. Même s’il y a encore beaucoup de travail, je pense qu’il y a une prise de conscience et on tend vers un basculement. J’y vois l’amour au milieu de la violence ».

 

Les efforts du groupe, pour clamer plus d’égalité et de justice, ont été récompensés, notamment, le jour où la chorale d’une association nationale pour les migrants s’est approprié un morceau de la chanson « Ils arrivent ». Le groupe SAODAJ a reçu cette nouvelle avec beaucoup d’enthousiasme et d’espoir. Avec émotion, Marie explique : « J’ai été touchée que cette chanson serve à la cause des personnes qui se perdent en mer, qui sont bloquées, et qu’on n’entend pas appeler, qu’on n’entend pas mourir ».

 

 

 

Quant à son compagnon Jonathan, il écrit sur des problématiques liées à l’histoire de son île natale. Marie aime les regards bigarrés qui se croisent avec des cultures différentes ; celui de Jonathan, ceux des autres membres du groupe et le sien, qui s’accordent sur une musique commune. Dans l’écriture, le vrai challenge de Marie est la rédaction en français accompagnée d’instruments traditionnels.

 

En ce qui concerne les projets du groupe SAODAJ, le nouveau clip « Monmon Kolonel », inspiré d’un documentaire réalisé par Dieudonné Hamadi sur Honorine Munyole, policière au Congo dans la protection de l’enfance et la lutte contre les violences sexuelles, vient de sortir le 17 septembre 2022. Puis une tournée est prévue en métropole dès le mois de mars 2022.

 

le clip de “Monmon Kolonel” : https://youtu.be/sK_xRQ-n5UU

 

 

 

Magali Pépin

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