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Endométriose : quand la douleur physique pèse aussi sur l’esprit

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Et si l’endométriose n’était pas qu’une histoire de règles douloureuses ? On en parle enfin plus ouvertement : on ose nommer les crises, les arrêts de travail, les années d’errance avant le diagnostic. Mais un aspect de la maladie reste largement dans l’ombre : son impact sur le mental. Fatigue permanente, difficultés à se concentrer, cette sensation de « brouillard » qui ne part jamais vraiment… Pour beaucoup de femmes concernées, l’endométriose ne se joue pas seulement dans le corps. Elle s’installe aussi dans la tête.

 

Une maladie bien plus fréquente qu’on ne le pense

 

En France, environ 10 % des femmes en âge de procréer sont touchées par l’endométriose, soit près de 1,5 million de patientes. Un chiffre impressionnant, non ? Et pourtant, la maladie reste mal identifiée : le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic tourne autour de 7 ans selon le ministère de la Santé — une étude plus récente menée en 2025 par la cohorte ComPaRe, auprès de plus de 7 000 femmes, avance même une moyenne proche de 10 ans.

Pourquoi un tel retard ? Plusieurs facteurs se combinent : des symptômes peu spécifiques, un tabou persistant autour des règles, et une tendance encore trop répandue à banaliser la douleur des femmes. Résultat : la douleur touche plus de 70 % des patientes, et 30 à 40 % d’entre elles rencontrent des difficultés de fertilité. Ce ne sont pas de simples statistiques : derrière chaque pourcentage, il y a des années de vie mises entre parenthèses.

 

Le brouillard mental, ce symptôme dont on ne parle jamais

 

Vous avez déjà eu l’impression de penser « au ralenti », sans raison apparente ? C’est exactement ce que décrivent de nombreuses femmes atteintes d’endométriose. Difficulté à se concentrer, trous de mémoire, sensation de tourner en rond dans ses pensées : ce brouillard cognitif s’intensifie souvent pendant les phases de poussée inflammatoire ou de douleur aiguë.

Ce phénomène s’explique assez logiquement. Gérer une douleur chronique demande une énergie considérable au corps — il en reste donc mécaniquement moins pour la concentration et la mémoire. À cela s’ajoutent des nuits hachées par la douleur pelvienne et, pour certaines, les effets secondaires des traitements hormonaux. Sans oublier l’anxiété de fond : ne jamais savoir quand la prochaine crise va arriver, devoir sans cesse réorganiser son emploi du temps… cette vigilance permanente épuise, elle aussi, l’esprit.

 

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

 

Ce lien entre endométriose et santé mentale n’est plus seulement une impression partagée entre patientes : la recherche le confirme. Une étude française menée en 2025 auprès de 2 394 femmes de la cohorte ComPaRe-Endométriose a mis en évidence des symptômes d’anxiété modérés à sévères chez 32 % d’entre elles, et des symptômes dépressifs modérés à sévères chez 45 %. Une autre étude, réalisée au Royaume-Uni sur plus de 200 000 patientes, va plus loin : elle établit que l’endométriose multiplierait par 3,6 le risque de dépression et par 2,6 le risque d’anxiété par rapport à la population générale.

Autant dire que la dimension psychique de cette maladie mérite une attention au moins aussi sérieuse que sa dimension physique. Pourtant, elle reste souvent la grande oubliée des consultations.

 

Une charge mentale qui s’ajoute à la charge mentale

 

Pour les femmes qui jonglent déjà entre travail, vie de couple et parfois enfants, l’endométriose vient alourdir une charge mentale déjà bien remplie. Beaucoup racontent devoir « faire bonne figure », minimiser leurs douleurs pour ne pas paraître moins fiables au travail, ou culpabiliser d’annuler un dîner, une sortie, un rendez-vous.

Ce silence a un prix. Est-ce la douleur chronique elle-même qui pèse sur le moral ? L’isolement qu’elle engendre ? Le sentiment de ne pas être crue, année après année ? Sans doute un peu de tout cela à la fois. Une chose est sûre : plus on tait ce que l’on vit, plus la charge devient lourde à porter seule.

D’ailleurs, ce sujet du sommeil sacrifié et de la charge mentale féminine dépasse largement le cas de l’endométriose : le magazine La Woman Mag consacre un article à cette question, Et si on laissait enfin les femmes dormir ?, qui éclaire à quel point le manque de sommeil chronique — qu’il soit dû à la douleur, aux enfants ou à la charge mentale du quotidien — fragilise durablement l’équilibre psychique des femmes.

 

Sortir du silence : une question de reconnaissance

 

Au-delà du suivi médical, l’une des clés pour mieux vivre avec l’endométriose consiste à pouvoir nommer ce que l’on traverse — y compris sur le plan mental — sans avoir à se justifier sans cesse. Reconnaître que le brouillard mental ou la fatigue cognitive font partie intégrante de la maladie permet à beaucoup de femmes de comprendre qu’elles ne sont pas seules face à des symptômes qu’elles pensaient parfois « dans leur tête », au sens péjoratif du terme.

Cela passe aussi par un dialogue plus ouvert avec l’entourage et les employeurs, par des aménagements quand c’est possible, et par le recours à des professionnels formés à la douleur chronique.

 

Quelques pistes pour alléger la charge mentale au quotidien

 

Sans remplacer un suivi médical, certaines habitudes peuvent aider à traverser les périodes de poussée avec un peu plus de douceur :

  • Accepter de ralentir pendant les phases douloureuses, plutôt que de lutter contre la fatigue.
  • Prioriser le sommeil, en aménageant si besoin l’environnement pour limiter les réveils liés à la douleur.
  • Verbaliser ce qu’on traverse, auprès d’un médecin, d’un·e psychologue ou de proches de confiance.
  • Se déculpabiliser : annuler un engagement n’est pas un échec, c’est une adaptation légitime à une maladie chronique.
  • S’informer, pour mieux comprendre ce que l’on vit et pouvoir en parler avec les mots justes face aux professionnels de santé.

L’endométriose ne se résume pas à des douleurs pelviennes : c’est une maladie chronique qui touche le corps et l’esprit, souvent en silence, et qui concerne bien plus de femmes qu’on ne l’imagine. Mieux nommer son impact sur la santé mentale, c’est déjà leur redonner le droit de dire « je ne vais pas bien » sans avoir à se justifier davantage. Et c’est peut-être la première étape pour qu’elles soient, enfin, prises au sérieux dans leur globalité.

Sources : ministère de la Santé, cohorte ComPaRe-Endométriose (Inserm/AP-HP, 2025), Fondation pour la Recherche Médicale, Fondation pour la Recherche sur l’Endométriose.

 

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