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Argent et famille : pourquoi est-ce si difficile d’en parler avec ceux qu’on aime ?

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« Et sinon, côté argent, comment ça va ? »

Curieusement, cette question arrive rarement au milieu d’un déjeuner de famille.

Nous pouvons parler de notre travail, de nos vacances, de nos enfants, de nos kilos en trop, de notre couple — parfois même avec beaucoup plus de détails que nécessaire — mais dès qu’il est question d’argent, quelque chose se crispe.

Combien gagnes-tu ? Combien as-tu de côté ? Qui paie quoi dans ton couple ? Tes parents ont-ils préparé leur succession ? Sais-tu ce qu’il adviendrait de votre patrimoine si quelque chose arrivait demain ?

Tout à coup, regarder la météo devient passionnant.

Car l’argent possède cette étrange particularité : il est partout dans nos vies et pourtant rarement dans nos conversations les plus intimes.

Et si notre difficulté à en parler révélait finalement beaucoup plus que notre rapport à notre compte bancaire ?

 

Argent et sentiments : un drôle de couple !

 

Un billet de 50 euros reste un billet de 50 euros.

Jusqu’à ce qu’il entre dans une famille.

Là, il peut soudain devenir un symbole d’indépendance, de réussite, de reconnaissance, de pouvoir, de sécurité ou même d’amour.

C’est probablement pour cette raison que les discussions financières deviennent si rapidement émotionnelles.

Dans un couple, parler d’argent peut réveiller des questions de confiance et d’équilibre.

Entre parents et enfants, cela peut toucher à l’autonomie.

Dans une fratrie, à la perception de la place de chacun.

Et lorsqu’il est question d’héritage, une dimension supplémentaire apparaît : parler de ce que l’on laissera revient aussi à reconnaître qu’un jour, nous ne serons plus là.

On comprend mieux pourquoi nous préférons parfois parler du prix des tomates.

 

Le silence est confortable. Jusqu’au jour où il ne l’est plus.

 

Ne pas parler d’argent possède un avantage considérable : cela évite les conversations inconfortables.

À court terme, du moins.

Car ce que nous ne disons pas ne disparaît pas forcément.

Les questions restent.

Les suppositions aussi.

Et notre cerveau étant particulièrement doué pour remplir les blancs, nous fabriquons parfois nous-mêmes les réponses qui nous manquent.

Pourquoi cette décision ?

Est-ce que tout est prévu ?

Pourquoi personne ne m’en a parlé ?

Qu’est-ce que cela signifie pour moi ?

C’est ainsi que des décisions parfaitement rationnelles peuvent être interprétées émotionnellement.

Le problème n’est alors plus seulement ce qui a été décidé.

C’est tout ce que chacun imagine derrière cette décision.

L’argent devient rarement conflictuel uniquement à cause des chiffres. Il le devient aussi à cause de ce que nous leur faisons raconter.

 

Devenir adulte financièrement, même avec ses propres parents

 

Il existe une étape assez étrange dans la vie adulte.

Nous savons payer nos impôts, négocier un crédit immobilier, gérer notre entreprise ou organiser le budget familial…

Mais devant nos parents, certaines questions peuvent soudain nous faire redevenir l’enfant de 12 ans qui hésite à demander quelque chose.

Parler patrimoine avec ses parents peut sembler intrusif.

Pourtant, il existe une différence importante entre demander :

« Alors, combien vais-je hériter ? »

et :

« Est-ce que tout est organisé comme vous le souhaitez pour l’avenir ? »

La première question s’intéresse au montant.

La seconde s’intéresse à l’organisation.

Et cette nuance change beaucoup de choses.

S’intéresser aux dispositions prises par ses proches ne signifie pas attendre leur héritage avec un calendrier à la main.

Cela peut simplement permettre de savoir que les choses ont été pensées, que les volontés sont connues et que les documents importants existent.

Parfois, la tranquillité commence simplement par savoir que quelqu’un s’en est occupé.

 

Femmes et argent : prendre sa place sans demander la permission

 

Il existe aussi une question que nous devons continuer à poser : quelle place les femmes occupent-elles réellement dans les décisions financières et patrimoniales ?

Notre autonomie économique a considérablement progressé.

Nous travaillons. Nous investissons. Nous entreprenons. Nous achetons des biens immobiliers. Nous gérons des budgets.

Et pourtant, certaines femmes restent encore en retrait lorsqu’il s’agit du patrimoine du couple ou de la famille.

Par habitude.

Parce que l’autre « s’en occupe ».

Parce que les termes semblent compliqués.

Ou simplement parce que personne ne leur a jamais appris à s’y intéresser.

Mais déléguer la gestion ne devrait jamais signifier renoncer à la compréhension.

Connaître son régime matrimonial, savoir quels biens sont détenus, comprendre une assurance-vie ou les grandes lignes d’une succession n’est pas une passion que nous sommes obligées de développer.

Personne ne vous demande de lire le Code civil au bord de la piscine.

En revanche, comprendre ce qui peut avoir un impact sur sa propre sécurité financière est une forme d’autonomie.

Et poser des questions ne signifie jamais que l’on est incompétente.

Cela signifie précisément que l’on refuse de rester dans le flou.

 

Quand l’héritage parle d’autre chose que d’argent

 

L’héritage est probablement l’endroit où toutes ces émotions se rencontrent.

Sur le plan juridique, il existe des règles, des actes, des quotités, des droits.

Sur le plan humain, les mathématiques deviennent soudain beaucoup moins efficaces.

Parce que recevoir quelque chose peut être interprété comme un message.

Ne pas le recevoir aussi.

C’est ici qu’apparaît une différence fondamentale entre ce qui est égal sur le papier et ce qui est vécu comme juste.

Or la justice familiale n’est pas une science exacte.

Chacun possède ses souvenirs, sa sensibilité et sa lecture de l’histoire commune.

Il est donc impossible de garantir qu’une décision sera ressentie exactement de la même manière par tout le monde.

En revanche, il est possible d’éviter une partie des interprétations en faisant quelque chose d’assez simple :

expliquer.

Dire pourquoi.

Donner du contexte.

Mettre des mots là où, autrement, chacun risque d’inventer les siens.

 

Il faudrait peut-être apprendre à avoir des conversations inconfortables

 

Nous cherchons souvent le bon moment pour parler d’argent.

Un moment où personne ne sera gêné.

Où tout le monde sera parfaitement disponible.

Où les émotions seront absentes.

Autant dire que nous pouvons attendre longtemps.

Le bon moment n’est peut-être pas celui où la conversation devient facile.

C’est celui où elle est encore possible.

Et nul besoin d’organiser un sommet familial avec ordre du jour, badge nominatif et pause-café à 10 h 30.

Une conversation peut commencer très simplement :

« J’aimerais que l’on parle de la manière dont certaines choses sont organisées pour l’avenir. »

Puis s’arrêter.

Reprendre quelques semaines plus tard.

Faire émerger de nouvelles questions.

L’important n’est pas de tout résoudre en une soirée.

C’est de faire de l’argent un sujet dont on a le droit de parler.

 

Parler d’argent, c’est aussi parler de liberté

 

Finalement, notre rapport à l’argent raconte énormément de choses.

Notre besoin de sécurité.

Notre rapport à l’indépendance.

Ce que nous avons appris de nos parents.

Ce que nous voulons transmettre à nos enfants.

La place que nous occupons dans notre couple.

Notre manière de demander, de donner, de recevoir.

Et peut-être est-ce pour cette raison qu’il est si difficile d’en parler.

Parce que derrière une conversation financière se cache parfois une conversation beaucoup plus profonde sur nous-mêmes.

Mais il existe aussi quelque chose de profondément apaisant dans le fait de savoir.

Savoir où l’on en est.

Savoir ce qui a été prévu.

Savoir que l’on peut poser des questions.

Savoir que notre voix compte dans les décisions qui nous concernent.

L’autonomie financière commence peut-être moins par le montant que l’on possède que par notre capacité à comprendre, décider et participer.

 

Et si parler d’argent était finalement une marque de confiance ?

 

Nous avons longtemps associé la discrétion financière à l’élégance.

Certaines choses ne se demandent pas.

Certaines choses ne se disent pas.

Et il existe évidemment une intimité financière que chacun est libre de préserver.

Mais dans une famille ou dans un couple, le silence absolu peut parfois créer davantage d’incertitude que de protection.

Parler d’argent ne signifie pas tout dévoiler.

Cela signifie pouvoir parler de ce qui concerne l’autre.

Préparer.

Expliquer.

Écouter.

Et parfois accepter que tout le monde ne ressente pas les choses exactement de la même manière.

L’argent restera probablement toujours un sujet un peu particulier.

Il fera rarement autant rêver autour d’un dîner qu’un prochain voyage à Bali.

Mais apprendre à en parler pourrait bien être l’une des conversations les plus utiles que nous puissions avoir avec ceux que nous aimons.

Parce qu’au fond, parler d’argent en famille, ce n’est pas seulement parler de ce que nous possédons. C’est aussi parler de ce que nous voulons protéger, construire et transmettre.

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