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Elles accèdent enfin aux postes de pouvoir… mais souvent quand tout s’effondre

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Quand la promotion cache un piège : l’impitoyable falaise de verre. Elles accèdent enfin aux postes de pouvoir… mais souvent quand tout s’effondre. Bienvenue dans le piège de la « falaise de verre », un concept aussi cruel qu’invisible.

Après le plafond de verre, la falaise… et la chute ?

 

Vous connaissez peut-être déjà le plafond de verre, cette barrière invisible qui empêche les femmes d’accéder aux plus hautes fonctions. Mais avez-vous entendu parler de sa cousine plus perverse : la falaise de verre ?

Ce concept a été introduit en 2004 par Michelle K. Ryan et Alexander Haslam, chercheurs à l’Université d’Exeter. Leur constat est sans appel : les femmes sont souvent promues à des postes de direction dans des contextes de crise ou de chaos, là où le risque d’échec est maximal.

En d’autres termes, elles ne brisent pas le plafond pour accéder à un salon lumineux. Elles montent sur une falaise… instable, glissante, et parfois prête à s’effondrer.

Un leadership féminin en temps de crise (et de panique)

 

L’étude fondatrice, publiée dans le British Journal of Management (2005), montre que les femmes sont massivement surreprésentées dans les postes de direction quand les entreprises sont en grande difficulté. Non pas parce qu’elles seraient mieux armées pour gérer la crise… mais parce qu’on leur confie les postes quand plus personne n’en veut.

Et si elles échouent ? On ne questionne ni la situation, ni l’héritage désastreux, mais leur légitimité. Autrement dit : elles sont jugées non sur leur capacité à rebâtir, mais sur les ruines qu’elles n’ont pas créées.

 

Des exemples ? Il y en a, et ils sont éloquents :

 

  • Theresa May, nommée Première ministre du Royaume-Uni après le chaos du Brexit.
  • Mary Barra, première femme à diriger General Motors en pleine crise économique et scandale industriel.
  • Marissa Mayer, ex-CEO de Yahoo!, recrutée quand l’entreprise était déjà sur une pente glissante.

 

Dans tous ces cas, le scénario est le même : mission périlleuse, exposition maximale, et attentes irréalistes.

Le danger de l’illusion progressiste

 

Ce phénomène donne l’illusion d’un progrès : des femmes accèdent à des postes de pouvoir ! En réalité, elles y arrivent dans des conditions précaires, sans filet, sans marge d’erreur.

Comme l’écrit Michelle K. Ryan, aujourd’hui professeure à l’Université nationale australienne :

« Les femmes sont nommées à des postes plus risqués, non parce qu’elles sont compétentes, mais parce qu’elles sont disponibles… et souvent jetables. »

 

Et cela ne se limite pas au monde anglo-saxon. En France aussi, les femmes accèdent souvent au pouvoir dans des environnements instables ou quand les hommes refusent de prendre les commandes d’un navire en perdition.

Et si le vrai progrès, c’était la stabilité ?

 

Féminiser le pouvoir ne veut pas dire féminiser la galère. Offrir aux femmes des postes de direction quand tout va bien, avec des moyens, du soutien, et du temps, voilà le véritable enjeu.

 

Les chercheuses Sabine Chalvon-Demersay (sociologue) et Sandrine Devillard (McKinsey & Company) ont montré que les femmes, lorsqu’elles dirigent dans des contextes normaux, développent des formes de leadership plus coopératives, plus performantes à long terme, mais trop souvent invisibilisées.

 

La question n’est donc pas « pourquoi les femmes échouent », mais « dans quelles conditions les femmes sont-elles placées pour réussir ? »

À retenir

  • La falaise de verre est un piège structurel, pas une promotion.
  • Elle camoufle un manque de soutien, de préparation et de confiance réelle.
  • Elle renforce les stéréotypes, au lieu de les briser.

 

Pour que la féminisation du pouvoir soit réelle et durable, il faut :

 

  • Des nominations dans des conditions équitables.
  • Des ressources pour réussir.
  • Une reconnaissance de la complexité des contextes.

 

Et surtout, cesser de juger les femmes à la hauteur de leurs échecs… quand elles arrivent après l’incendie.

Sources:

  • Ryan, M. K., & Haslam, S. A. (2005). The Glass Cliff: Evidence that Women are Over-Represented in Precarious Leadership Positions. British Journal of Management, 16(2), 81–90.
  • Haslam, S. A., & Ryan, M. K. (2008). The Road to the Glass Cliff: Differences in the Perceived Suitability of Men and Women for Leadership Positions in Crisis Contexts. Leadership Quarterly, 19(5), 530-546.
  • Harvard Business Review : Why Women Get Put in Charge During a Crisis — and Why It’s a Trap (2011).
  • Women First : Dossier « Pouvoir au féminin : victoire ou sacrifice ? » (2023).

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