Il y a des vies qui ne se racontent pas.
Elles se ressentent.
Des vies qui portent en elles la mémoire d’un peuple, les cicatrices d’une époque… et une sagesse que l’on ne peut acquérir qu’en traversant le temps.
Thérèse Baillif est de celles-là.
À 95 ans, elle ne nous livre pas seulement un témoignage.
Elle nous transmet un héritage.
Une femme née dans une autre Réunion
Elle est née dans une île bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui.
Une Réunion encore marquée par la colonisation. Une société structurée par le travail, la famille… et le silence. Dans ce monde-là, les femmes avancent souvent sans bruit. Les émotions se vivent plus qu’elles ne se disent. On grandit vite. On apprend tôt. On ne questionne pas toujours.
Et pourtant…Au cœur de cette époque profondément patriarcale, ses parents incarnent déjà une vision différente. Un équilibre presque précurseur, une forme de respect mutuel qui, sans bruit, vient semer en elle les graines d’un autre possible. Un possible qu’elle portera toute sa vie.
L’enfance qui façonne une destinée
Puis, très tôt, tout bascule.
La perte de sa mère.
Une famille qui se recompose.
Et la violence qui s’invite là où elle n’aurait jamais dû exister.
À seulement 10 ans, Thérèse Baillif comprend que la vie ne sera pas douce.
Mais certaines femmes ne se brisent pas.
Elles se construisent autrement.
Dans cette épreuve, elle développe une force rare. Une force silencieuse. Celle de tenir. Celle d’avancer. Celle de transformer.
Ce n’est plus seulement une question de survie.
C’est déjà, sans qu’elle le sache, le début d’un engagement.
Transformer la douleur en engagement
Ce que beaucoup auraient enfoui, elle choisit de le transformer.
À La Réunion, Thérèse Baillif devient progressivement une figure majeure de l’engagement social. Elle participe à la création d’associations, accompagne des femmes, s’implique dans la vie familiale et sociale, et contribue activement à la lutte contre les violences intrafamiliales.
Mais son combat ne s’arrête pas là.
Il est plus profond.
Il ne s’agit pas seulement d’aider.
Il s’agit de réparer. De comprendre. De recréer du lien là où il a été brisé.
Sa vision est rare, presque déroutante dans un monde souvent binaire : pour elle, une société ne se construit pas contre… mais avec.
Avec les femmes.
Avec les hommes.
Avec les histoires de chacun.
La famille, ce pilier qu’il faut réinventer
Au fil de son parcours, une conviction ne l’a jamais quittée.
La famille est un socle.
Pas une famille parfaite. Pas une famille idéalisée. Mais une famille comme point d’ancrage, comme repère, comme base de construction.
Elle se souvient d’un temps où le travail donnait une direction, où les repères structuraient les vies, où la solidarité existait sans avoir besoin d’être nommée.
Aujourd’hui, elle observe une société plus libre, mais aussi plus fragile. Une société où les repères se brouillent, où les liens se distendent, où les tensions prennent parfois le dessus.
Et dans ce mouvement, elle pose une question essentielle, presque intime :
Qu’est-ce qu’on transmet vraiment ?
“Passe encore de bâtir…” : un livre comme un héritage
C’est pour répondre à cette question qu’elle écrit.
Dans son livre “Passe encore de bâtir…”, Thérèse Baillif retrace toute une vie. Son enfance aux Avirons, son adolescence en foyer, ses débuts dans la vie, ses choix, ses rencontres, ses combats. Une vie entière, racontée avec lucidité, sensibilité et profondeur.
Elle choisit même de passer par un alter ego, Émilie, comme pour se donner la liberté de dire ce qui, parfois, ne se dit pas facilement.
Mais ce livre n’est pas qu’un récit.
C’est un acte d’amour.
Un geste de transmission adressé à ses enfants, à ses petits-enfants, à toutes celles et ceux qui viendront après.
Comme une main tendue à travers le temps.
Où rencontrer Thérèse Baillif et découvrir son livre ?
Parce que certaines histoires méritent d’être lues, mais aussi vécues, Thérèse Baillif part à la rencontre de ses lecteurs à La Réunion.
Son livre “Passe encore de bâtir…” est disponible en librairie sur l’île, et plusieurs séances de dédicaces permettent de la rencontrer, d’échanger, de ressentir la force de son parcours.
Elle sera présente à Saint-Denis, à la Librairie Autrement, le vendredi 10 avril à 14h. Elle ira ensuite à la Librairie Gérard, toujours à Saint-Denis, le samedi 16 mai à 15h. Enfin, elle rencontrera son public à Sainte-Marie, à l’Espace Culturel E.Leclerc de La Réserve, le samedi 6 juin de 14h30 à 16h.
Des moments rares. Des instants précieux. Des rencontres qui marquent.
Une femme, un siècle, une lucidité
Thérèse Baillif a traversé les grandes étapes de l’histoire réunionnaise.
La Seconde Guerre mondiale.
La départementalisation.
Le passage d’une société agricole à une société moderne.
Elle a vu l’île évoluer, se transformer, grandir.
Et aujourd’hui encore, elle observe avec une lucidité impressionnante les mutations de notre société. Le rapport au travail, les fragilités sociales, les tensions dans les familles, les déséquilibres qui s’installent.
Elle ne juge pas.
Elle regarde.
Elle comprend.
Elle transmet.
Une vision profondément humaine de la société
Ce qui touche chez Thérèse Baillif, ce n’est pas seulement son parcours.
C’est sa vision.
Une vision profondément humaine, qui repose sur deux piliers essentiels : la famille et l’éducation.
Elle nous rappelle que toute transformation durable passe par un changement des mentalités. Par le dialogue. Par la capacité à écouter et à comprendre l’autre.
Et surtout, elle insiste sur une idée fondamentale :
On ne peut pas lutter contre les violences sans inclure les hommes.
On ne peut pas construire une société sans coopération.
On ne peut pas avancer sans humanité.
Pourquoi Thérèse Baillif nous inspire aujourd’hui
Dans un monde où tout va vite, où tout s’expose, où tout se commente, Thérèse Baillif incarne autre chose.
Une force calme.
Une résilience sans bruit.
Un engagement profond, sincère, durable.
Elle nous rappelle que nos blessures peuvent devenir des forces. Que nos histoires, même les plus difficiles, peuvent devenir des ponts.
Et qu’au fond, ce que nous vivons n’a de sens que si nous choisissons d’en faire quelque chose de plus grand que nous.
La leçon à retenir
On passe une vie à vouloir construire.
Construire une carrière.
Construire une famille.
Construire une réussite.
Mais Thérèse Baillif nous rappelle une vérité simple, presque essentielle :
Construire, ce n’est pas seulement bâtir.
C’est transmettre.
C’est relier.
C’est réparer.
Découvrez d’autres portraits de femmes inspirantes qui, elles aussi, façonnent La Réunion avec courage et engagement.



